35 Commentaires
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Avatar de Mayra Munch

Excellent point de vue! Et je dirais encore plus.

Au fil du temps , les classes populaires ou bien moins privilégiées - considérant aussi d’autres pays et populations - ont exprimé leur mal être d’une façon bien plus forte et simplifiée : « à mon époque on avait pas le temps d’être déprimé. »

Ce qui ramène à un fonctionnement bien plus complexe, où l’on travaille, on continue , on doit nourrir les enfants, labourer les champs, construire les maisons , etc.

L’individu ne se voyait pas ,n’était pas inviter à regarder son existence, observer ses pensées et émotions.

Et de là , de cette existence psychique non autorisée par la société , adviennent tant de choses…

Avatar de O+O/Entrelacs

Il me semble que :

Le vrai sujet n’est pas la dépression, c’est le pouvoir :

le pouvoir de dire ce qui compte, ce qui existe et ce qui mérite d’être pris au sérieux échappe à la masse.

La souffrance n’est pas inégalement vécue, elle est inégalement reconnue — et cette reconnaissance est un rapport de pouvoir.

Avatar de Nar | نار

C'est très intéressant,merci pour le partage

Avatar de svrahjdn

Je suis d’accord et pas d’accord à la fois.

Je suis d’accord sur le fait que la société légitimera plus facilement la souffrance d’un cadre de bureau, qui se met à boire et fumer, en faisant appel à un burn-out ; tandis qu’une personne sans emplois/sans situation stable et qui se met à boire, sera plutôt mal vu — puisqu’elle n’a apriori pas de raison d’être en burn-out, si elle n’a pas de travail ?

Mais le titre parle explicitement des bourgeois, pas d’un simple employé de bureau. Dès lors, la première chose qui me vient à l’esprit c’est bel et bien le fait que les bourgeois ont le temps d’être en dépression. Cependant, on entend souvent que les riches n’ont pas de raison d’être malheureux. Un riche malheureux, c’est synonyme d’insulte pour les classes populaires ; puisque comparés à ces dernières, les riches ont beaucoup moins de raisons qui pourrait légitimer une dépression. En effet, un ouvrier, lui, a toutes les raisons du monde : son travail est pénible, ses horaires l’empêche de s’épanouir, ses problèmes d’argent l’empêche d’avoir accès à certains essentiels (médicaments), etc.

Dans ce cas, comment parler de privilèges ? Si on considère que les bourgeois n’ont aucune raison d’être malheureux, comment la dépression serait leur privilège ?

On a surtout tendance à les blâmer, à ne pas les prendre au sérieux. Une dépression ? Non, ce n’est qu’un caprice. Un bourgeois n’a pas le droit de se plaindre ou d’être malheureux, car il n’a pas de raisons apparentes et légitimes de l’être. Dès lors, la dépression n’est plus un privilège bourgeois, mais le privilège des classes populaires.

Avatar de Laure

Très intéressant point de vue, merci pour le partage!

Je me demande, au delà de la dimension sociale, n'y a t'il pas aussi une dimension culturelle, concernant la reconnaissance de la dépression, ou d'une souffrance ?

Je pense notamment à des personnes migrantes, en situation très précaire...

Qu'en pensez vous ?

Avatar de Manuiva

Merci pour cette analyse factuelle et stimulante.

J'adhère pleinement à l'examen des données.

L'interprétation politique sur l'invisibilité des classes populaires mérite toutefois nuance. Le PLF 2026 alloue 23 milliards d'euros à la cohésion des territoires, dont 600 millions spécifiquement à la politique de la ville (source : Budget 2026, mission Cohésion territoires).

Par ailleurs, d'autres crédits sont orientés en grande partie vers les quartiers politiques de la ville même s'ils n'apparaissent pas comme tels dans le PLF.

Ces chiffres suggèrent un engagement budgétaire significatif, rendant prématurée une conclusion de désintérêt général envers les classes défavorisées.

Qu'en pensez-vous au regard des indicateurs d'allocation par habitant ?

Bien cordialement.

Avatar de O+O/Entrelacs

Bonjour, j’en pense que pour discerner les liens entre le projet de Loi de finance (PLF) et la réalité, il faut juste faire attention et bien regarder les définitions légales qui sous-tendent les concepts politiques, puis les réalités mises en oeuvre derrière ces définitions.

Plus clairement : la politique de la ville, ça concerne uniquement les habitants d’un ensemble bien délimité (par décret) de périmètres géographiques donnés (en gros environ un millier de quartiers, autrefois dits plus ou moins “sensibles”), dans lesquels la pauvreté est tellement concentrée qu’il ne semble pas raisonnable de continuer à faire comme si de rien n’était.

(À suivre, si ça intéresse quelqu’un…)

Avatar de Manuiva

Les moyens sont discutables pas inexistants.

Désintérêt général envers les classes défavorisées ? C'est beaucoup dire.

Avatar de O+O/Entrelacs

Si, je pense que si. C'est un intérêt intéressé. Uniquement. Pas un intérêt chargé d'affection. Mais de crainte, nourrie de préjugés de classe, et de volonté de contrôle. Comment pourrait-il en être autrement ?

Avatar de Manuiva

Un intérêt "chargé d’affection" ?

Avec quel outil mesurez-vous le degré d’affection des décideurs ?

Tous les acteurs de ces politiques (élus, agents, assos) versés dans ces secteurs financés par l’État n’auraient donc aucune conscience qu’ils manquent vraiment d’affection ?

Et les secteurs où l’intérêt serait purement désintéressé ? Lesquels, dites-nous ?

Avatar de O+O/Entrelacs

Pas besoin d'outil. La science a montré que le pouvoir modifie le fonctionnement du cerveau humain. L'empathie diminue (le Doliprane a le même effet).

Avatar de O+O/Entrelacs

L'exercice habituel du pouvoir pour être un peu plus précis.

Avatar de Manuiva

J'oppose à cet article les mêmes arguments que je vous fais maintenant.

Je suis d'accord avec les faits quand ils sont décrits et précisés.

Je discute l'analyse philosophico politique à laquelle vous aboutissez. Les termes que vous employez sont d'une imprécision totale et je ne sais pas de quoi nous parlons. C'est quoi un "affect" ? C'est quoi une "bonne action" ? C'est quoi le "pouvoir" et son exercice que vous qualifiez d'"habituel" ? Vous ne le dites pas et ne voulez rien mesurer parce que "pas besoin d'outil".

Du coup, il suffit d'écouter le prêtre avant de se mettre à genoux.

Pas possible malheureusement : j'ai de l'arthrose 😉.

Avatar de O+O/Entrelacs

Rien n’est jamais gratuit, certes, mais mieux vaut une “bonne action” motivée par le désir de s’oublier en aidant l’autre que par la peur de l’autre ou l’avidité de jouir de la vie sans entrave, non ?

Avatar de Zarkthur Jarosz

Je ferai attention avant de tirer de telles conclusions : de nombreuses dépressions sont suscitées par un isolement intense, provoqué par des ruptures avec le monde : chômage, solitude, conflits familiaux. La solitude peut être subi par manque de moyens financiers et provoquer une dépression silencieuse. Mais, sans doute que les bourgeois se font davantage entendre ; la dépression du pauvre passe inaperçu.

Avatar de Senda Zaï

Si le langage psychologique est un capital, qui le produit ? Et à qui profite sa diffusion ?

Avatar de Julie

Très intéressant, merci pour le partage !

Avatar de Ludmila Rougeot

Article super intéressant. N’y a-t-il pas aussi une dimension du “si tout va mal, c’est un signe de santé mentale d’être déprimé” par opposition à la dépression qui serait la maladie “quand tout va bien” (pour simplifier) ?

Avatar de Annie

Hello, j’ai bien aimé ce post ! Cela m’a aussi fait penser à un fait sociale qui émerge petit à petit : les personnes qui ont l’habitude de se battre au quotidien (à cause de leur classe sociale ou de la discrimination) et donc de réprimer leur sentiments, font de plus en plus entendre leur voix au travail. Et ça se répète sur les réseaux sociaux, avec des trends comme « Moi aussi je vais pleurer pendant les disputes », où il est question de surprendre l’adversaire en « jouant à son propre jeu ». C’est très intéressant

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Commentaire supprimé
Jan 30
Commentaire supprimé
Avatar de O+O/Entrelacs

Bonjour, "belle" expérience ! Ce serait intéressant, si ça n'a pas déjà été tenté, de la répliquer à grande échelle dans un cadre expérimental normé, je suis convaincu qu'on aurait des résultats significatifs.

Dans le même esprit : consultant il y a deux ans une spécialiste en vue d'une opération chirurgicale, j'ai eu l'occasion de lui parler de mon travail. Dès lors que j'ai eu indiqué que j'étais "chef de service", j'ai vu un changement trés net de positionnement de ce professionnel de santé, y compris dans son langage non-verbal, avec même un passage du vouvoiement au tutoiement ! Trés impressionnant à vivre.

Bien évidemment je me suis abstenu de lui apporter plus de précisions sur ce que ce terme officiel pouvait recouvrir in concreto dans mon administration (en l'ocurrence le simple fait de diriger une unité composée de 5 agents administratifs tout à fait lambda - l'unité hein, pas les gens, qui eux étaient tous et toutes vraiment incroyablement uniques, mais ça c'est une autre histoire :) ).